Partager :    

Articles > La numération révolutionnaire de Condorcet

par Alexis Ulrich  LinkedIn
Marquis de Condorcet

Nicolas de Condorcet (1743-1794), philosophe, économiste, mathématicien et homme politique français, est un homme des Lumières. Il travaille sur le système de vote, sur une base de ce qui deviendra plus tard le droit d’auteur, sur le calcul intégral et les équations différentielles. Il est aussi l’inspirateur du système métrique décimal proposé par Talleyrand à l’Assemblée nationale constituante en 1790. Le mètre et le kilogramme, actuelles mesures du système international d’unités, sont adoptés en 1795 par la Convention nationale française.

Il est aussi l’auteur d’un manuel d’arithmétique élémentaire intitulé Moyens d’apprendre à compter sûrement et avec facilité [Amazon.com]. Dans ce livre, il pose les bases d’un système purement décimal pour standardiser l’arithmétique et en faciliter l’apprentissage.

Dans sa seconde leçon, il indique que ce « système de numération (est) actuellement usité en France ». Cependant, il remplace tous les mots qui ne sont pas purement décimaux, remplaçant les nombres de onze à seize par les très réguliers dix-un à dix-six. Il créé de fait des néologismes comme duante (pour vingt), septante, octante et nonante pour soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix, mots d’ailleurs encore en usage en Belgique et en Suisse. Une note de bas de page indique qu’« il [lui] a paru nécessaire de faire cadrer la numération parlée avec la numération en chiffres » : voilà pour la normalisation de la langue.

Moyens d’apprendre à compter sûrement et avec facilité, édition de 1854

Du côté des grands nombres, dillion remplace milliard. Conformément à l’usage de son époque, il utilise l’échelle courte : les chiffres sont groupés par trois et les noms d’échelle sont formés sur ces puissances de dix. On obtient alors million (106), dillion (109), trillion (1012), quadrillion (1015)…

Si les mots cent et mille restent toujours invariables en leur qualité d’adjectifs numéraux, les noms d’échelle plus grands, en tant que substantifs, prennent la marque du pluriel, comme dans deux millions ou trois dillions. C’est d’ailleurs ce statut de substantifs qui oblige à placer un un devant lorsque leur multiplicateur est l’unité. On dira donc un trillion, alors qu’on ne dit pas un cent ni un mille.

Comme vous pouvez le constater, ce système n’est donc pas complètement régulier mais conserve ce qui pourrait être considéré comme des anachronismes de la langue française.

Cet ouvrage pour le moins révolutionnaire n’a pas donné pas lieu à une grande réforme de la langue française. Condorcet est mort peu après sa rédaction et il n’a été publié qu’à titre posthume. On peut cependant le rattacher au courant des langues auxiliaires internationales comme l’espéranto qui elles-aussi ont cherché à régulariser la grammaire des langues naturelles dans une optique de compréhension mutuelle accrue.

Les nombres de Condorcet

  • 1 – un
  • 2 – deux
  • 3 – trois
  • 4 – quatre
  • 5 – cinq
  • 6 – six
  • 7 – sept
  • 8 – huit
  • 9 – neuf
  • 10 – dix
  • 11 – dix-un
  • 12 – dix-deux
  • 13 – dix-trois
  • 14 – dix-quatre
  • 15 – dix-cinq
  • 16 – dix-six
  • 17 – dix-sept
  • 18 – dix-huit
  • 19 – dix-neuf
  • 20 – duante
  • 30 – trente
  • 40 – quarante
  • 50 – cinquante
  • 60 – soixante
  • 70 – septante
  • 80 – octante
  • 90 – nonante
  • 100 – cent
  • 1 000 – mille
  • un million – un million
  • un milliard – un dillion
  • un billion – un trillion
Ce site utilise des cookies à des fins statistiques et publicitaires. En utilisant ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies.